Viande, pétrole, aliments bio : sous le débat des backslashs, nos imaginaires de libertés

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C'était acquis : nos achats, nos consommations allaient changer du tout au tout : pendant la « période Covid » prospéra cette idée du « monde d'après » plus responsable, plus respectueux de la nature. 

Six ans plus tard, que sont devenus ces idéaux ? Des « avancées » indéniables ont été accomplies, mais la transformation radicale n'a pas eu lieu et s'est installée une période de « backlashs ».

Le sentiment d'inaccomplissement procède en premier lieu du décalage entre une partie des ambitions initiales et leur concrétisation : le monde ancien persiste.

Le deuxième phénomène s'apparente plus directement à des « backlashs » : ralentissement des achats bio, reprise de la consommation de viande, hausse des ventes de carburants en 2024 en volume...

Pour comprendre ces « backlashs », l'analyse des tendances appelle à mon sens à distinguer trois registres. 

Le premier facteur de « contrecoup » est financier et sensible à l'inflation et au pouvoir d'achat.
 
Un deuxième registre de facteurs est socioculturel, et appelle à distinguer :
- Les climatosceptiques ;
- Les personnes en défense de leurs modes de vie : 57 % des Français ne souhaitent pas renoncer à manger de la viande, 45 % ne veulent pas cesser de partir en vacances en voiture ;
- Les réfractaires aux injonctions émanant de « sachants » entendant promouvoir « pour leur bien » des pratiques que les intéressés ne désirent pas.

Enfin, c'est essentiel : la « préoccupation climat » en soi ne fléchit pas : 81 % des Français se déclarent « inquiets » du changement climatique (ViavoiceHEC ParisLe Nouvel Obs, novembre 2025), score en progression par rapport à l'année précédente.

Ainsi n'existe‑t-il pas vraiment un « backlash climat » entendu comme rejet massif des préoccupations climatiques, mais plutôt :
- Une opposition aux solutions coûteuses ;
- Une aversion aux modifications des modes de vie, notamment émanant des « sachants ».
Ce phénomène de réaction peut être qualifié de « réactance » (Jack Brehm, "A theory of psychological reactance", 1966).

Ici se situe peut‑être le nœud gordien : une large part des promoteurs du contrecoup entendent défendre leurs libertés, mais l'ironie est que les promoteurs des transitions plaident eux‑mêmes pour des libertés.

Ces deniers envisagent plutôt des libertés futures et collectives ; quand leurs détracteurs parlent souvent de libertés immédiates et individuelles.

Peut‑être, sous les transitions et leurs contrecoups polymorphes est‑ce là aussi ce qui se joue : nos imaginaires de liberté.

📷Crédit Photo : Christophe Ena/AP/SIpa


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