Notre rapport collectif à la peur

Date : Catégorie(s) : Articles, Idées et mobilisations

Les images de violence et de pillages survenus en marge des manifestations du 17 octobre ont profondément choqué nombre d'entre nous. Plusieurs jours après, elles continuent d'interroger notre rapport collectif à la peur.

Au-delà des préjudices subis par les victimes, ces scènes laissent des traces chez ceux qui les découvrent à distance et nourrissent une inquiétude durable.

La peur est une émotion primaire, un héritage biologique essentiel : elle nous avertit des dangers et nous pousse à la prudence. Mais lorsqu'elle quitte le registre intime pour devenir une émotion publique, elle peut se transformer en un agent pathogène social. Elle circule, s'amplifie, se déforme. C'est la contagion des peurs. 

À cette circulation s'ajoute ce que les psychologues appellent la rémanence émotionnelle : après une émotion forte, l'esprit revient à l'événement, le rejoue, en ravive le souvenir. Le retour en boucle des mêmes images et des mêmes récits entretient cette peur.

Dans « The Revolt of the Public and the Crisis of Authority in the New Millennium », Martin Gurri analyse comment l'abondance d'informations bouleverse les rapports entre le public et les institutions. Cette lecture éclaire ce qui se joue lorsque les peurs persistent et que s'installe le sentiment que l'État ne protège plus ses citoyens : elles nourrissent alors la colère, approfondissent la défiance envers les institutions et accentuent la polarisation.

La portée de ces images dépasse aussi nos frontières. Certains dirigeants étrangers s'en sont saisis pour légitimer leurs propres politiques. Ces récits d'instabilité peuvent durablement peser sur l'image de la France et son attractivité touristique.

Mais le retour au calme ne suffit pas toujours à apaiser les esprits.

Face à cette contagion des peurs, le récit collectif joue un rôle essentiel. Car une société ne se construit pas uniquement autour des événements qu'elle traverse, mais aussi autour de la manière dont elle les raconte, les interprète et leur donne un sens.

Il ne s'agit pas de minimiser ce qui a été vécu, mais de reconnaître les difficultés, de valoriser les solidarités et les initiatives de reconstruction, et de montrer qu'il est encore possible de construire un avenir ensemble.

Cette confiance se reconstruit aussi dans les actes, les expériences partagées et les récits qui permettent à une société de retrouver une capacité collective à agir. Raconter comment une société fait face, répare et retrouve des capacités d'action peut contribuer à rouvrir un horizon. La crédibilité de ce récit tient aux actes qui le rendent tangible.

J'abordais cette contagion des peurs en janvier dernier dans la newsletter du Groupe Les Temps Nouveaux

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