II. Trois questions à ... François Lenglet

Chine et Etats‑Unis : le nouvel ordre du monde


A l'occasion de la publication du nouveau livre de François Lenglet, « Qui sera le prochain maître du monde ? » (Editions Plon, 2025), le Groupe Les Temps Nouveaux a rencontré l'auteur :


François Lenglet, comment qualifiez‑vous le monde actuel dans lequel nous vivons ? 

« Je pense qu'il faut partir de l'idée, qui est contre‑intuitive, selon laquelle nous retrouvons le monde normal. En fait nous sortons d'une parenthèse comme il y en a une par siècle, avec le surplomb de l'hégémon qui était l'hyper puissance américaine, qui a organisé l'ordre international à sa mesure. Ce que nous vivons n'est que le prolongement de la phase finale du siècle américain ».


Une puissance dominante est‑elle paradoxalement nécessaire pour favoriser la mondialisation ? 

« Je pense qu'une domination, un hegemon est la condition sine qua non du développement de la mondialisation : il ne peut y avoir de mondialisation que dès lors qu'il y a une superpuissance qui produit un bien immatériel extrêmement précieux qui est la disparition du risque géopolitique. Par la prévalence que cette puissance exerce, et cela de deux manières : elle suscite de la loyauté vis‑à‑vis de ses alliés, et de la crainte ou du respect vis à‑vis de ses ennemis ».


Allons‑nous vers une intensification de la confrontation Chine‑Etats‑Unis ? 

« Il me semble plutôt que l'un et l'autre vont tenter de préserver leurs zones d'intérêts. La Chine est déjà l'Empire du Milieu et n'a pas historiquement, culturellement vocation à conquérir toute la planète. Les Etats‑Unis privilégient une stratégie isolationniste qui les éloigne en partie des affaires du monde. L'une et l'autre peuvent être amenées à coexister ».