IV. Choisir sous influence... ou sous assistance ?
Choisir sous influence... ou sous assistance ?
L'élection présidentielle de 2027 sera sans doute la plus algorithmique que la France ait connue. Les effets des recommandations des plateformes sur le débat public sont à ce titre bien identifiés : elles orientent l'attention, hiérarchisent les émotions et peuvent être instrumentalisées par des campagnes d'influence. Cette vigilance est indispensable car elle touche à la souveraineté du choix. Mais elle ne doit pas masquer un autre phénomène, plus discret : l'irruption des IA conversationnelles dans la vie intime.
Ici, l'électeur ne subit plus seulement des contenus « poussés » par les plateformes ; il choisit l'accompagnement. Cette assistance n'est plus imposée, elle est sollicitée. Cette bascule prend une importance particulière dans une démocratie « à l'état gazeux » (Gilles Finchelstein), marquée par des repères idéologiques moins stabilisés et des décisions de vote de plus en plus tardives. L'influence ne passe donc plus uniquement par l'exposition, mais aussi par la démarche volontaire de s'informer via un agent IA. Les signaux existent déjà : 15 % des Français jugent acceptable qu'une IA les aide à décider pour qui voter, un chiffre qui monte à 26 % chez les 15–34 ans. Dans le même temps, plus d'un sur deux ne serait pas opposé à lui demander de l'aide pour comprendre la politique française (Viavoice, septembre 2025). Contrairement à un comparateur classique, l'IA répond, relance, reformule, s'adapte, adopte un ton patient. Elle facilite l'accès au savoir et, puisqu'elle ne le juge pas, met en confiance son interlocuteur. Une recherche devient conversation ; et une conversation répétée tend à renforcer la confiance, parfois au‑delà de ce que justifierait la qualité réelle du contenu.
Face à cet état des lieux, deux hypothèses émergent.
Le premier scénario, celui de « l'électeur orienté », reste central. L'orientation peut être indirecte, via des contenus qui façonnent ce qui est visible ou non et qui amplifient certaines émotions - la colère notamment, qui reste l'émotion la plus plébiscitée sur les réseaux sociaux (Yann Algan). Mais elle peut aussi passer par des conversations personnalisées avec des IA. Celles‑ci ne sont plus seulement des outils : elles deviennent des interlocuteurs du quotidien (coach, psy, assistant). Dans ce cadre, l'influence est plus diffuse, plus intime, et potentiellement plus profonde.
Un second scénario, plus optimiste, est celui de « l'électeur augmenté » : un citoyen capable de mieux s'informer, de fact‑checker, de confronter des arguments. Cette autonomie assistée peut constituer une force d'émancipation, à condition évidemment que les IA conservent une neutralité réelle. L'enjeu politique majeur se situe sans doute moins dans une manipulation de masse que dans cette transformation progressive des conditions de formation de l'opinion, entre élargissement de l'accès au savoir, reconfiguration de la confiance et réponse - même imparfaite - à une forme de solitude sociale.
Les 3,5 à 4 millions de primo‑votants appelés aux urnes en 2027 auront grandi avec l'idée qu'une conversation immédiate et disponible à tout moment fait partie du quotidien. En 2027, le premier contact avec la campagne ne passera plus toujours par un tract ou un fil d'actualité ; pour une partie des électeurs, il passera aussi par une conversation avec une IA.
Par Adrien Broche, Directeur d'études, Viavoice
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