II. Trois questions à ... Agnès Pannier‑Runacher
La France face à la transition écologique : pragmatisme et souveraineté
À l'occasion d'un échange avec le Cercle Les Temps Nouveaux, Agnès Pannier‑Runacher, ministre de la Transition écologique (2024‑2025), a livré une vision à la fois lucide et engagée des défis environnementaux, industriels et politiques qui attendent la France.
Comment analysez‑vous le rapport des Français à l'écologie aujourd'hui ?
« Il y a un vrai problème d'imaginaire. Pour des raisons politiques, l'écologie a été la propriété d'un courant qui s'est radicalisé, rendant cette matière extraordinairement clivante, et qui a quelque part nourri le populisme, avec ce contrepoint de "l'écologie punitive" contre le bon sens. Pourtant, quand vous faites du porte‑à‑porte et que vous parlez à des gens qui se disent "contre l'écologie", ils vous disent aussitôt qu'ils sont choqués par les décharges sauvages dans les forêts, ou consternés de voir disparaître les poissons de leur rivière. Les Français sont profondément attachés à ce qui touche à leur qualité de vie, à leur cadre de vie, à leur santé. Voilà ce qu'est vraiment l'écologie. »
Quels leviers économiques et industriels vous semblent les plus efficaces pour accélérer la transition ?
« En politique publique aujourd'hui, je considère qu'il faut commencer par faire des solutions sans regret. Il y a plein de solutions dans le marché. Un moteur électrique a un rendement trois fois supérieur à un moteur thermique. Une petite citadine électrique, en coût complet, est aujourd'hui moins coûteuse qu'un équivalent thermique. Ensuite, il y a la sobriété : dans l'industrie, ça s'appelle le lean management. La sobriété matière, énergétique, en eau, ce sont des retours sur investissement qui n'ont pas d'égal. Et puis il y a la question de la circularité : tout ce qui entre sur le territoire européen doit devenir une ressource que l'on réutilise de la manière la plus compétitive possible. On n'a pas encore trouvé le bon réglage, mais c'est essentiel. »
Quel rôle l'Europe doit‑elle jouer pour que la transition ne se retourne pas contre notre compétitivité ?
« Si l'Europe n'arrive pas à être ferme sur les conditions de marché, on n'arrivera pas à mener cette transition écologique. L'écoscore en est un bon exemple : c'est une politique rusée, qui est protectionniste sans le dire, et elle fonctionne. Les familles françaises y sont toutes favorables. Mais au‑delà, il faut savoir être agnostique sur les technologies : ce qui m'intéresse, c'est le coût de revient et le coût en carbone, donc vous faites comme vous voulez, par le nucléaire, par n'importe quel type de renouvelable... Ce qui compte, c'est le résultat. Nous devons aussi accepter que nous ne sommes plus toujours les leaders en matière d'innovation technologique sur certains sujets, et que le prix d'entrée du marché européen, parfois, ce sont des transferts de technologie avec ceux qui ont les meilleures solutions. C'est pragmatique, c'est ce qu'il faut faire. »
Agnès Pannier‑Runacher a occupé plusieurs postes de ministre, notamment à la Transition Ecologique, la Transition Energique, à l'Agriculture ou à l'Industrie, elle est par ailleurs élue députée en 2024. Elle est diplômée de l'ENA et a exercé des fonctions de direction dans l'industrie et la finance avant d'entrer en politique en 2017.
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