VII. Transformer ne suffit plus : il faut rendre l'avenir "désirable"
Transformer ne suffit plus : il faut rendre l'avenir "désirable"
On demande aux salariés de s'adapter, aux actionnaires de patienter, aux clients de rester fidèles. Encore faut-il leur donner
une raison de croire à la suite.
Cette question prend un relief particulier dans un pays inquiet de son avenir. Dans le baromètre Viavoice – HEC Paris – BFM
Business – L'Express de juillet 2026, 73 % des décideurs anticipent une dégradation du niveau de vie au cours de l'
année à venir. Dans ce climat, donner à voir des perspectives de progrès devient un enjeu pour les entreprises.
Car l'avenir se présente souvent aux équipes comme une liste d'exigences : accélérer, se former, gagner en productivité,
changer de méthodes. Dans l'Observatoire du Succès 2026, réalisé par Viavoice pour Progress Associés, 78 % des dirigeants
privilégient le changement et l'adaptation permanente comme voie de succès, contre seulement 55 % des salariés. Autrement
dit, près d'un salarié sur deux ne fait pas de la transformation permanente son horizon privilégié.
Cet écart de 23 points dit quelque chose d'essentiel : ce qui apparaît aux dirigeants comme une condition du succès peut être
vécu par les salariés comme une remise en cause permanente de leurs repères. Transformer suppose donc aussi de montrer ce
qui, demain, mérite l'effort du changement.
Pour construire une ambition commune, l'entreprise doit rendre visibles les perspectives ouvertes aux équipes : ce qu'elles
pourront accomplir, les compétences qu'elles pourront développer et les repères sur lesquels elles pourront compter. Donner
envie de changer suppose de donner des raisons de se projeter.
C'est ici que le récit d'avenir prend sa valeur stratégique. Il rend concret ce que l'entreprise ambitionne de faire, le progrès
qu'elle entend apporter et la place que chacun peut y prendre. Il donne une portée humaine aux décisions
économiques. Il permet de comprendre pourquoi cette aventure mérite du temps, de l'énergie et de
la confiance.
-Pour les salariés, ce récit doit ouvrir des perspectives : un métier qui se développe, des compétences reconnues, davantage
d' autonomie, la fierté d'un travail utile. Une ambition collective devient mobilisatrice lorsque chacun peut y lire un avenir
pour lui-même. Associer les équipes à sa construction permet aussi d'en éprouver la crédibilité au contact du travail réel.
-Pour les actionnaires, il s'agit de comprendre comment les choix d'aujourd'hui préparent la valeur de demain.
67 % des dirigeants interrogés dans l'Observatoire privilégient d'ailleurs une définition du succès comme trajectoire.
Un récit solide rend cette trajectoire intelligible : les besoins auxquels l'entreprise veut répondre, les investissements nécessaires,
les étapes attendues. Il donne des raisons d'accompagner une stratégie dans la durée, avec des résultats permettant
d'en juger l'exécution.
-Pour les clients et les partenaires, l'enjeu est de pouvoir se projeter dans un progrès concret. Un
assureur peut donner à voir une vie plus autonome malgré l'avancée en âge. Un industriel, des équipements qui durent et se
réparent. Une entreprise de services, un quotidien dans lequel on retrouve du temps. Le récit gagne en force lorsqu'il rejoint une
aspiration que l'on peut éprouver dans sa propre vie.
Ces promesses doivent tenir ensemble. La qualité de service annoncée aux clients engage les moyens accordés aux salariés. L'
ambition présentée aux équipes engage les investissements défendus auprès des actionnaires. La confiance se
joue aussi dans cette cohérence.
Construire un récit d'avenir demande donc un travail de fond : comprendre les transformations de la société,
écouter les aspirations, explorer plusieurs futurs possibles et choisir la contribution que l'entreprise veut y apporter. La prospective
aide à donner une direction à l'ambition. La communication la rend compréhensible et partageable.
Les décisions lui donnent sa réalité.
Faire rêver engage. Chaque promesse appelle des moyens, des actes et des preuves. C'est précisément ce qui peut
lui donner sa puissance : offrir un avenir auquel on a envie de contribuer, et rendre visibles les premiers pas pour le construire.
Par Emilien Gondet, Directeur Conseil, Strategic Communication and Foresight, Groupe Les Temps Nouveaux
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