II. Trois questions à ... Enrique Martinez

Quelles configurations pour l'Europe de demain ?


Propos recueillis à l'occasion de la soirée «2030-2050. La Renaissance Italie Espagne France », organisée par le Groupe Les Temps Nouveaux en partenariat avec W Executive.



Enrique Martinez, pour l'avenir, a-t-on encore besoin d'Europe ?


Il faut promouvoir et réformer l'Europe, ne pas arrêter d'améliorer cet espace nécessaire, je

pense unique, de construction de notre démocratie, de notre civilisation. Parce que c'est l'Europe

et seulement l'Europe qui pourra donner une capacité, des concurrences dans ce monde qui est

très compétitif, dur. Faire « nous » et faire valoir notre identité, notre culture, nos valeurs, c'est

être mieux armé face au reste du monde.

A côté des contrôles et des régulations nécessaires pour protéger les consommateurs européens,

on ne peut pas accepter d'être naïf et très conciliant vis-à-vis des acteurs chinois ou autres qui

ne respectent pas nos valeurs européennes, et donc nos consommateurs. Quand l'Europe veut,

elle peut : il faut juste construire cette voie européenne.


Au fond, quelles devraient être les finalités de cet espace européen ?


L'Europe est un espace qui nous protège, qui nous offre des opportunités. Quand on

regarde les grandes puissances mondiales qui sont en train de s'affirmer, la Chine, la

Russie, laquelle est un modèle ? Les Etats-Unis ont eu un modèle pendant des décennies.

L'American Dream, c'était « tout le monde peut prospérer, tous les Américains ».

Aujourd'hui, l'Europe doit faire face. Et face au reste du monde elle risque de perdre en

productivité, en industrie, en innovation : on ne protège pas assez. On ne fait pas attention

aux fragiles.

Il faut le courage de revenir sur quelque chose qui va permettre de faire face à nos

difficultés. Pour protéger les plus fragiles, les plus vulnérables, il faut une protection

aujourd'hui qui nous rassure et qui nous donne des rêves.


Dans votre livre Et si on consommait mieux (Editions de l'Observatoire, 2024), vous écrivez

qu'il faut mettre la RSE au coeur des businessmodels : qu'entendez-vous par là ?


C'est essentiel, face au défi majeur que constitue le dérèglement climatique. Les tensions militaires dans le

monde nous conduiraient presque à négliger le dérèglement climatique.

D'où l'idée aussi de consommer mieux, en ne privilégiant ni l'hyperconsommation ni la déconsommation, et cela doit

être au coeur des business models des entreprises de demain.

Une nouvelle croissance, avec moins d'inégalités et davantage de respect pour le climat : privilégier par

exemple la réparation. Et l'Europe peut avoir là une opportunité.

Les Chinois disent que les opportunités viennent des crises. Là où on est, face à une crise des modèles et des

survies de nos projets, peut-être c'est l'opportunité de trouver des leaders courageux. Il y a actuellement une

jeunesse qui cherche sa voie : nous devons soutenir sa voix et dessiner des chemins d'avenir.


Un grand merci aux intervenantes et intervenants lors de cette soirée :

Anthony Liguori, CEO et fondateur, W Executive

Enrique Martinez, CEO Fnac Darty

Clément Beaune, Haut-Commissaire à la Stratégie et au Plan, ministre chargé de l'Europe (2020-2022)

Barbara Martin Coppola, Global CEO and Board Director, Patagonia, CEO Decathlon France (2022-2025)

Silvia Arto, Fondatrice du Spanish Executives Club, et Global Head of

Communications, BNP Paribas


Vidéo "Nos cultures Italie Espagne France", par Lucia Socias

Violon : Sophie de Bardonnèche avec des musiques baroques de compositrices et

compositeurs italiens, espagnols et français